Comment les grossesses de Maryse Éwanjé-Épée ont bouleversé sa carrière et ses enfants ?

Maryse Éwanjé-Épée, ancienne spécialiste française du 100 mètres haies, a vu sa carrière sportive directement redéfinie par ses grossesses. La perte de sa bourse olympique dès l’annonce de sa première grossesse à la fédération d’athlétisme illustre un mécanisme qui, pendant longtemps, a poussé les athlètes féminines hors du circuit dès qu’elles devenaient mères.

Perte de la bourse olympique : le mécanisme financier derrière l’éviction

Lorsque Maryse Éwanjé-Épée informe sa fédération qu’elle attend un enfant, la sanction est immédiate : elle perd sa bourse olympique et ses sponsors. Ce n’est pas une décision disciplinaire, mais le résultat d’un système où le financement de l’athlète repose sur sa disponibilité compétitive à court terme.

Une bourse olympique, dans le cadre fédéral français, est conditionnée à la participation aux compétitions et aux stages. Une grossesse suspend mécaniquement cette participation. Les sponsors, dont les contrats comportent des clauses de visibilité et de résultats, se retirent dans la foulée.

Le problème ne tient pas à une règle explicitement discriminatoire, mais à l’absence totale de dispositif de maintien des revenus pendant et après une grossesse. Pour une athlète dont le sport constitue l’unique source de revenus, la maternité produit un effet comparable à un licenciement sans indemnité.

Femme tenant une photo de famille dans un salon moderne, évoquant le lien entre maternité et vie professionnelle

Deuxième grossesse et fin de carrière : un enchaînement rarement détaillé

La plupart des articles consacrés à Maryse Éwanjé-Épée se concentrent sur l’épisode de la première grossesse et la bourse olympique. Le rôle de la deuxième grossesse dans l’arrêt définitif de sa carrière reste moins documenté.

C’est pourtant lors de cette deuxième grossesse que l’ancienne hurdleuse met un terme à sa carrière internationale, aux alentours de 32 ans. Ce timing n’est pas anodin : à cet âge, une athlète de sprint-haies se trouve déjà en fin de fenêtre compétitive adaptée. Une interruption de plusieurs mois pour une deuxième maternité, sans filet financier ni structure d’accompagnement au retour, rend la reprise au plus haut niveau quasi impossible.

L’enchaînement des deux grossesses a donc produit un effet cumulatif. La première a supprimé les ressources financières, la seconde a fixé le point de non-retour sportif.

Maternité et athlétisme féminin en France : ce que le cas Éwanjé-Épée a exposé

Le parcours de Maryse Éwanjé-Épée a mis en lumière un angle mort structurel du sport de haut niveau français. Plusieurs éléments concrets ressortent de son témoignage :

  • Aucun mécanisme de maintien partiel de la bourse pendant la grossesse n’existait à l’époque de sa carrière, contrairement à ce que certaines fédérations étrangères proposaient déjà.
  • Les sponsors privés n’intégraient pas de clause de suspension temporaire : la grossesse entraînait une rupture de contrat de fait.
  • La nurserie olympique n’a vu le jour qu’aux Jeux de Paris 2024, soit des décennies après les difficultés vécues par des athlètes comme elle.

La création de cette première nurserie olympique lors des Jeux de Paris représente une avancée concrète, mais elle concerne uniquement la période de compétition. Le problème structurel, celui du financement pendant la grossesse et les mois de reprise, reste en grande partie non résolu pour les athlètes hors des très grands événements.

Un silence institutionnel qui a duré

Ce qui frappe dans le cas Éwanjé-Épée, c’est la durée pendant laquelle cette situation a été considérée comme normale. Son témoignage, livré publiquement à plusieurs reprises sur des plateaux de télévision (notamment sur France Télévisions et dans l’émission Télématin), a contribué à faire évoluer la perception du problème. Avant ces prises de parole, la grossesse était traitée comme un choix personnel incompatible avec la performance, pas comme une situation appelant un accompagnement.

Ancienne athlète sur une piste d'athlétisme vide, regard introspectif, symbolisant la conciliation entre sport de haut niveau et maternité

Quatre enfants et reconversion : la trajectoire post-carrière sportive

Maryse Éwanjé-Épée est mère de quatre enfants. Sa reconversion dans le journalisme sportif, notamment comme consultante pour France Télévisions lors des grands championnats d’athlétisme, a constitué une deuxième carrière à part entière. Elle fait partie de l’équipe de consultants pour les championnats d’Europe d’athlétisme 2026 à Birmingham.

Un fait notable concerne l’absence totale d’expression publique de ses enfants sur les épisodes difficiles traversés par leur mère, notamment sa période d’alcoolisme et de dépression. Maryse Éwanjé-Épée a elle-même évoqué ces sujets dans de nombreuses interviews, mais aucun de ses quatre enfants n’a, à ce jour, accordé d’entretien public sur ces questions.

Ce silence peut s’interpréter de plusieurs façons. La protection de la vie privée familiale en est la plus évidente. L’absence de co-interviews mère-enfants, alors que ce format est courant dans les médias français pour d’autres personnalités, suggère un choix délibéré de préserver les enfants de l’exposition médiatique liée aux épisodes les plus douloureux.

La dépression et l’alcoolisme comme conséquences en cascade

Maryse Éwanjé-Épée a décrit publiquement un enchaînement où la perte de son identité sportive, aggravée par l’absence de soutien institutionnel pendant ses grossesses, a contribué à une dépression suivie d’une période d’alcoolisme. Sa victoire contre cette addiction fait partie intégrante de son parcours public.

Pour ses enfants, grandir avec une mère traversant ces épreuves, puis la voir reconstruire une carrière médiatique reconnue, constitue une trajectoire familiale singulière. Le fait que cette histoire soit racontée exclusivement par la voix maternelle, sans jamais être corroborée ni nuancée publiquement par les enfants, reste une particularité dans le paysage médiatique français.

Le parcours de Maryse Éwanjé-Épée montre que les conséquences d’une grossesse sur une carrière sportive ne se limitent pas à une saison manquée. La perte de revenus, l’absence de structure de retour et l’impact psychologique forment un système qui, dans son cas, a redessiné l’intégralité de sa vie professionnelle et familiale. Les dispositifs mis en place depuis, comme la nurserie olympique de Paris 2024, ne répondent qu’à une fraction du problème initial.

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